LA VIE À CRÉDIT
En France, le surendettement touche
une personne sur dix. Comment tombe-t-on dans le piège
du crédit ? A quel prix s'en sort-on ? Cette série en
trois épisodes propose de suivre, sur une durée d'un an,
le quotidien de six personnes prises entre le devoir de
rembourser et la nécessité de faire vivre leur famille.
La vie à crédit ou le crédit… à vie. A la vue de cette
série documentaire, l'ordre des mots importe peu. Pour
Cindy, Huguette, Ludivine, Nicolas, Guillaume et
Christophe, le surendettement sonne comme une peine à
perpétuité.
Enferrés dans des crédits à la consommation ou noyés
dans la faillite de leur entreprise, les six "héros" de
cette série tournée en Alsace ont amorcé leur descente
aux enfers. Il faut maintenant rembourser les créanciers.
C'est le moment choisi par la caméra pour s'immiscer
dans leur quotidien. Sans voix off, le film passe d'un
personnage à un autre et laisse chacun témoigner,
raconter son histoire et entraîner le téléspectateur
dans ses démarches.
RMIste de 26 ans, Cindy élève seule ses deux enfants et
peine à payer ses frais. Endettée à hauteur de 6 500
euros, elle subit aujourd’hui des coupures d'électricité,
mais se débrouille tout de même pour gâter ses fils.
A quelques kilomètres de là, Guillaume, retraité de 63
ans, travaille la nuit comme livreur pour rembourser
quelque 83 000 euros de dettes contractées pour aider
ses enfants ! Ironie du sort, Nicolas, géomètre et père
d'un petit garçon, est contraint de vendre sa voiture
pour rembourser le crédit qui lui a permis de l'acheter.
"Le crédit ? C'est comme des sables mouvants",
lâche-t-il pour décrire sa situation. Dans un éclair de
lucidité teinté de résignation, Cindy résume : "Ces
prêts puis ces remboursements, mais alors, ça ne
s'arrêtera jamais !"
Pour tous, une seule solution raisonnable : établir un
plan de surendettement auprès de la Banque de France.
Chaque année, 340 000 dossiers y seraient enregistrés !
Pour l'instant Guillaume tient le cap qu'il s’est fixé :
une fois ses dépenses incompressibles effectuées (nourriture,
loyer, vêtements), il affecte la dernière part de ses
revenus à l'acquittement de sa dette. En deux ans, il a
déjà remboursé 31 000 euros. "C'est très bien, le
félicite-t-on à la Chambre régionale de surendettement
social (Crésus) où juristes et bénévoles l'épaulent. Il
faut tenir le coup."
Mais la relative confiance
affichée par les protagonistes au premier épisode
s’effrite peu à peu. Epuisée par les privations, la
femme de Guillaume fait une dépression et prend un congé
maladie qui mine leurs revenus. Guillaume est sur le
point de craquer.
Au final, cette galerie de portraits permet de mieux
comprendre qui sont les surendettés. Loin des clichés
sur l'acheteur compulsif et insouciant, ces hommes et
ces femmes sont des travailleurs modestes qui ont un
salaire fixe, des charges qui augmentent et le réflexe
d'activer un crédit pour faire face… temporairement.